21h00 : le commandant du port de St Nazaire appellel le CROSS Etel à propos de l’Erika. Alerté par El Filali (de l’agence Stockaloire), lui-même informé par Gergaud qui a reçu un appel de Mendolia de Panship (voir compte rendu de la 17ème journée), M Cheng, commandant du port, évoque avec M. LEJEUNE du CROSS les informations dont il dispose : « il a un problème de gîte énorme, (…) du fioul à bord (…), il faisait route vers Gibraltar (…) et est affrété par TOTAL qui demande à Elf de le prendre à Donges » (ELF, qui n'a pas encore fusionné avec TOTAL, dispose en effet d’une raffinerie à Donges). M Cheng poursuit, évoquant des fissures et prévenant que « s’il perd du pétrole, je ne peux pas mettre de barrage (…) je ne veux pas me défiler mais s’il paume du fioul en Loire, il va en mettre partout… ». M. LEJEUNE lui répond qu’il va en parler au COM (Prémar). C’est la première fois que l’officier du CROSS entend parler de fissures.

21h00 : M Marchand, ingénieur au Cèdre, reçoit un appel de M Goudedranche qui recherche des informations sur l’Erika, un pétrolier maltais, qui aurait des fissures sur le pont. Ce dernier est gérant d’une société P&I et avait été alerté par S Martin, du Steamship de Marseille. Le Cèdre (Centre de Documentation, de Recherches et d’Expérimentations sur les Pollutions Accidentelles de Eaux) est une association créée en 1978 à la suite du naufrage de l’Amoco Cadiz, qui a pour but d’améliorer la préparation à la lutte contre les pollutions accidentelles des eaux. M Marchand n’a alors jamais entendu parlé de l’Erika.

« On repart sur des conneries ! »

21h10 : le COM (Brest) appelle le CROSS Etel. L’Erika est évoqué, il constitue une priorité de deuxième ordre. M. LEJEUNE mentionne la forte gîte, les fissures qui auraient été « colmatées » et les problèmes soulevés pour son accueil à Donges. « Ce serait alors Brest » précise l’officier. « On repart sur des conneries » lui répond VELUT, du COM.

« Pourquoi ne pas avoir appelé le capitaine ? » demande le Président à M. LEJEUNE. « Je l’ai fait » répond-il. « Oui, mais une heure et quart après l’appel de M Cheng »… M. LEJEUNE se justifie en raison du grand nombre d’interventions qu’ils avaient à gérer, notamment pour le sauvetage d’un voilier français au Maroc… L’Erika, qui approche de la Bretagne, n’est pas prioritaire. « On est comme aux urgences, on fait un tri » conclut-il.

Le COM, de son côté, ne réagit pas davantage. « Nous traitons le Maria K » affirme l’Amiral DE MONVAL. Sur les fissures, il précise qu’il n’a de toute manière pas les moyens de les constater. Les avions disponibles ne peuvent pas repérer une pollution de nuit…M. VELUT s’explique ensuite sur « les conneries » : un navire chargé de nitrates a explosé en 1947 dans le port de Brest, faisant 40 morts. Depuis un mois, le port est en état de siège en raison d’un navire similaire que personne ne veut décharger. Alors ramener en plus un pétrolier qui gîte…

Revenant sur les fissures « colmatées », Maître Faro, pour les Parties civiles, demande à M. LEJEUNE ce que ça signifie pour lui. « Je ne sais pas, mais cela ne me rassure pas » répond-il. M. POLLARA précisera plus tard qu’on ne peut colmater des fissures qu’à l’aide de ciment, de plâtre ou de soudures, toutes ces techniques nécessitant un temps sec. Conclusion : les fissures ne sont pas colmatées, mais cette information continue de circuler.

L’Erika appelle TOTAL

21h23 : le commandant de l’Erika appelle M. Martens de TPS, comme demandé dans le télex envoyé par TOTAL. M. MATHUR assure lui avoir fait part de tous les éléments de la situation du navire. Martens retient qu’il y a un « crack » sur le pont, et que c’est la raion pour laquelle l’Erika fait route vers Donges, qu’il n’y a pas de pollution et que le capitaine a la situation en main.Martens appelle ensuite Calonne (secrétaire de la cellule de crise) et Grandpierre (service vetting). Calonne informe THOUILIN. Maître Varaut souligne alors les réactions « asymétriques » du directeur du port de St Nazaire et de TOTAL. Alors que le premier craint une pollution, les seconds n’y pensent même pas… M. THOUILIN répond que la réaction de TOTAL repose sur un contact direct avec le capitaine alors que M Cheng n’émet qu’une hypothèse…Maître Faro demande à M. THOUILIN s'il connaît à cet instant précis les caractéristiques générales du navire, en particulier s'il savait si l'Erika était un navire simple coque ou double coque. Ce dernier répond qu'il n'en savait rien...

21h43 : M. Marchand, du Cèdre, appelle le COM de Brest qui lui répond que l’Erika est une seconde priorité. VELUT ne se souvient pas de cet appel. Suite à cet appel infructueux, Marchand appel Calonne de TOTAL vers 22h, en vertu d’une convention qui lie le Cèdre à TOTAL sur les risques de pollution. Calonne lui répond que le capitaine maîtrise la situation et recommande à Marchand de ne pas faire état de ce contact. Marchand apprend à Calonne que l’Erika avait émit un message de détresse qui a été annulé.

22h15 : le CROSS Etel envoie un télex à l’Erika, disant qu’il avait été informé par son agent de fuites dans les tanks. Il demande une réponse.

22h17 : Pollard apprend de Calonne l’existence du message de détresse. Il appelle ensuite Gergaud et en informe THOUILIN.

22h27 : L’Erika envoie son message SURNAV, conformément au modèle transmis par l’agent Pommé. MATHUR mentionne le développement de « cracks » au dessus du ballast 2 tribord. La rubrique relative à la perte de cargaison n’est pas renseignée, et ce message est un SURNAV normal alors qu’il existe la possibilité d’envoyer des SURNAV Avaries.

D’après El Filali (agent de Stockaloire), il reçoit un appel de Cheng (commandant du port de St Nazaire) qui lui dit que l’accueil de l’Erika n’est pas possible à Donges. El Filali en informe Gergaud de Pommé (Port-de-Bouc).

22h40 : M Cheng appelle le COM de Brest. Les enregistrements du COM sont en panne (les cassettes étaient pleines avait précisé VELUT), et il ne reste aucune trace de cet appel. Interrogé sur son contenu, JEAY déclare ne se souvenir de rien à ce sujet…

22h50 : télex de MATHUR vers le CROSS. Le capitaine mentionne le transfert de cargaison, les fêlures sur les tôles du pont, la gîte corrigée et la route vers Donges… LEJEUNE a donc toutes les informations en main, à l’exception des pertes de produit à la mer.

Pendant ce temps là, chez Panship, on est rentré à la maison…

POLLARA prend connaissance de ce télex le lendemain matin. « Pourquoi ? » demande le Président. « Nous avons quitté le bureau vers 20h25 » répond POLLARA, précisant toutefois qu’il restait en contact avec le capitaine qui l’avait appelé 3-4 fois durant la nuit. Du côté de St Nazaire, M Cheng dit avoir appelé le CROSS pour lui dire que la situation semblait grave… Elle l’est, mais peu de personnes n’en ont vraiment conscience…

Lundi, les débats reprendront sur le déroulement de la nuit du samedi à dimanche, tandis que la journée de mardi sera consacrée au sauvetage et à la nature du produit arrivé sur les côtes. La question des épaves sera enfin évoquée mercredi.