M BONO, Président de l’association nationale des élus du littoral

M BONO, également maire de Perros Guirec (Côtes d’Armor), dit bien connaître les marées noires pour avoir été directement touché par celle de l’Amoco Cadiz et du Tanio. Selon M BONO, le préjudice subit par les communes littorales est triple : économique, moral et environnemental. Il précise que beaucoup de maires ne souhaitent pas que le nom de leurs communes soit encore associé à l’Erika en raison du préjudice subit en termes de perte d’image, non quantifiable mais bien réel. Interrogé par le Président sur l’indemnisation, il confirme que ce préjudice n’est jamais pris en compte. Encore aujourd’hui, il précise que dès que des algues brunes apparaissent sur les rochers, certaines personnes pensent immédiatement « au mazout »… Il souhaite d’abord que l’on renforce les contrôles des navires pour que ce type de catastrophe n’arrive plus.

M AUXIETTE, Président de la Région Pays-de-la-Loire

Cette région est celle qui fut le plus lourdement touchée par la marée noire de l’Erika, ce que ne manque pas de souligner M Auxiette. « Je m’exprime au nom d’une région qui a souffert » commence t-il. Les premières nappes sont arrivées le 25 décembre 1999, un « joyeux Noël », et elles ont continué à souiller régulièrement le littoral jusqu’en avril 2000. Sur 45 communes littorales, 40 ont été touchées par la pollution de l’Erika, totalisant 563 000 habitants. M Auxiette énumère le nom des communes souillées, plus souvent associées à la qualité de leur cadre de vie qu’à des nappes de fioul lourd : Guérande, Ile d’Yeu, Le Croisic, La Baule, Noirmoutier, Pornic…En un an, 200 000 tonnes de déchets mazoutés ont été ramassés dans la région, et 10 tonnes d’oiseaux ramassés ont été incinérés….

Fort de ces chiffres, il demande réparation des préjudices subis : préjudice matériel (soutien financier aux professionnels de la mer, campagnes de communication, travaux de restauration écologique…), mais également préjudice moral en raison du « choc psychologique subit par une population qui a crié son indignation fin 1999 dans les rues de Nantes ». Il précise que « ceux qui n’ont pas sentis l’odeur de la mort dans les centres de soin des oiseaux ne peuvent mesurer le choc ».Il termine sa déposition en citant des propos de M Desmaret, alors PDG de TOTAL, qui s’exprimait le 22 janvier 2000 devant les trois Présidents de région concernés : « nous sommes conscients des conséquences de cette marée noire (…), sommes d’accord pour un relèvement substantiel de la responsabilité de l’armateur et de l’affréteur (…), nous ne voulons absolument pas éluder nos responsabilités ».

Le Président Parlos lui demande ensuite si la région a reçut une indemnisation du FIPOL pour le préjudice. « Le tiers de ce qui avait été estimé » répond M Auxiette. Maître Fontaine, pour TOTAL, lui demande alors s’il connaît le montant des sommes dépensées par le Groupe pétrolier après la catastrophe : « 10 millions ? 100 millions ? ». « Ce n’est pas un jeu de télévision ! » répond M Auxiette tandis que le Procureur observe que TOTAL cherche surtout à ce qu’on lui dise merci : « c’est curieux… ! ».

M LE DRIAN, Président de la Région Bretagne

Alors qu’il s’était déjà exprimé la semaine précédente en qualité de rapporteur de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, M Le Drian se présente aujourd’hui comme l’une des Parties civiles du procès, représentant des Bretons qui disent « Ca suffit ! ». Il refuse d’être victime de la position géographique de sa région, pour qui la mer constitue « notre territoire, notre maison, notre terre. En lui portant atteinte, on porte atteinte à notre identité. » Il se souvient que le 25 décembre 1999, quand les premières nappes sont arrivées, et alors qu’il se trouvait sur la côte avec des maires, « certains pleuraient… C’était un deuil ». Il souhaite que les responsables soient identifiés, et obtenir des réparations pour le préjudice subit. Notamment celui née de la baisse de la fréquentation, qui encore aujourd’hui, n’a pas retrouvé son niveau antérieur.

M PATSOURIS, Vice Président de la Région Poitou-Charentes

M Patsouris est Vice Président de Région, chargé de la politique littorale. Il est également un professionnel de la mer. Il précise d’abord que sa région n’a pas été touchée à la même échelle que les autres, mais que la couverture médiatique de la catastrophe a profondément touché les professionnels Charentais : les pêcheurs ont subit des pertes de -15 à -24%, tandis que les conchyliculteurs ont eu des pertes atteignant jusqu’à -60% de leur production. Sur le préjudice moral, il estime que la relation des habitants avec la mer s’est altérée, « un peu comme après un cambriolage, un sentiment d’inquiétude, d’impuissance… ». Il termine en disant que son ambition est de connaître la vérité. « Nous aussi » répond alors le Président Parlos.

M BOUGRAIN DUBOURG, Président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO)

Après une présentation de son association, M Bougrain Dubourg rappelle la chronologie des évènements après le naufrage de l’Erika, et la mise en place progressive de cellules de crises et de centre de soins (24 au total, dont 10 gérés par la LPO, mobilisant 10 000 bénévoles). Le premier oiseau arrivé était un guillemot, oiseau marin qui n’a pas de contacts avec l’homme. Les oiseaux sont arrivés très affaiblis, stressés, « les plus chanceux mourant en quelques heures… ». Le Plan national de sauvetage des oiseaux mazoutés (PNSOM), définit en 1997, est mis en place rapidement. Tout de suite, le secrétaire national de la LPO approche TOTAL qui lui signifie une fin de non recevoir, la compagnie « ne serait pas responsable »… Après des interventions dans les médias, TOTAL propose finalement 100 000 francs, puis 2 millions de francs.

Les zones affectées par le désastre sont pour beaucoup des zones protégées, reconnues au niveau international. Le bilan est sans appel : 74 226 oiseaux recueillis vivants, 42 033 morts. Il estime le chiffre total à 150 000, un grand nombre d’oiseaux étant morts en mer. Les nappes de pétrole constituaient un piège mortel pour les oiseaux qui fuyaient les tempêtes. A titre d’exemple, il cite deux espèces d’oiseaux touchées, dont les populations ont été considérablement réduites après l’Erika. L’une d’entre elle est passée de 600 individus à moins d’une dizaine. Les 24 couples sont tous morts. Cette espèce est rayée de la liste. Seulement 2139 oiseaux ont pu être sauvés, ce qui est dérisoire.

Il plaide ensuite pour la reconnaissance d’un préjudice écologique, et pas seulement matériel : « un chasseur qui tire une espèce protégée risque une amende et de la prison. Un pétrolier qui tue des milliers d’oiseaux ne serait pas responsable ? » demande t-il.

Le Président lui demande ensuite s’il souhaite s’exprimer sur les responsabilités. « TOTAL a une responsabilité évidente » souligne M Bourgrain Dubourg. Sur l’indemnisation, il précise qu’une demande a été faite auprès du FIPOL, rejetée au motif que la LPO aurait reçue beaucoup de dons de particuliers. « C’est scandaleux ». Un des conseils de TOTAL lui fait remarquer que le Groupe a dépensé 217 millions d’euros. « A l’égard de la LPO, nous n’avons rien reçu de plus que ce que j’ai évoqué. Je sais que TOTAL s’est également remboursé en revendant les déchets mazoutés » précise t-il. Maître Soulez Larivière lui demande alors s’il considère que l’expression d’une solidarité est une reconnaissance de responsabilité ? « En l’espèce, oui » affirme le Président de la LPO.

M PERRIN, Président de Vigipol

M Perrin présente d’abord le syndicat mixte Vigipol qu’il préside : « une structure constituée de ses adhérents et mandatée pour protéger le littoral breton des agressions qu’il subit », née en 1980, deux ans après le naufrage de l’Amoco, dans le but d’aider les communes à défendre leurs intérêts dans le cadre du procès. Selon lui, le procès de l’Erika démontre que « nous n’avons pas progressé du point de vue de la recherche des responsabilités ». Le droit commercial est privilégié par rapport au droit de la mer, précise t-il.

Le Président lui demande s’il a reçu une indemnisation. « Aucune en ce qui concerne le Syndicat ». M Perrin garde toutefois confiance en la Justice, considérant que « le juge peut faire avancer la loi ». Maître Fontaine, pour TOTAL, lui demande ensuite si le processus d’indemnisation mis en place par le FIPOL est préférable à celui en vigueur du temps de l’Amoco. Pour M Perrin, le FIPOL reste un fonds mutualiste qui « pourrait être considéré comme un droit à polluer. La solution n’est pas là : il faut réglementer ». Il conclut en disant que « l’indemnisation ne doit pas dédouaner la responsabilité ».