Andrea PANARELO, ingénieur naval

M Panarelo, après avoir présenté son parcours d’ingénieur naval, explique d’abord qu’il est toujours difficile de démontrer les causes d’un naufrage, les experts disposant d’un nombre limité d’éléments. Pour expliquer le concept de sloshing, M Panarelo cite l’exemple d’une personne transportant une bassine pleine d’eau, qui entre alors en mouvement, jusqu’à déborder. Ce phénomène de déplacement de liquide dans la citerne d’un navire peut créer des contraintes importantes qui peuvent aller jusqu’à la cassure du navire. D’autres paramètres accentuent ce phénomène, notamment la longueur de la citerne 3 (30 mètres, soit 17,2 % de la longueur totale de l’Erika) et son positionnement (dans la partie centrale, la pire qui soit pour le sloshing).

A l’aide de diapositives, d’une balance et d’une planche en métal, M Panarelo commence sa démonstration. La cassure du navire se serait produite au niveau du couple 67 du navire, dans la partie avant de la citerne 3 Tribord. La pression très forte du sloshing sur le pont associé à la contrainte longitudinale provoquée par le moment fléchissant (concentration du poids sur le milieu du navire qui se fléchit en créant un contre arc par un effort de compression) serait à l’origine de cette cassure. Il écarte ainsi l’hypothèse selon laquelle la corrosion généralisée serait la cause du naufrage car selon lui, dans ce cas, la cassure aurait eu lieu au milieu du navire, vers les couples 61 et 62. Il utilise alors la plaque de métal pour démontrer l’effet de flambement lorsqu’elle est mise en compression. Les zones flambées correspondent aux citernes tribord et bâbord, si bien que la rigidité n’était plus assurée que par la citerne centrale : les lignes de force se concentrent sur la partie centrale du pont.

En conséquence de cette surcharge sur la partie centrale du pont, la cloison entre la citerne 3C et le ballast 2 tribord cède. M Panarelo explique qu’alors que la plupart des experts font débuter le processus de ruine à ce moment là, selon lui, cette cassure est l’aboutissement d’un processus qui débuta plus tôt. Le navire ayant alors perdu sa colonne vertébrale (la partie centrale), il commence à s’effondrer, tel « un domino ».

Maître Grellet, conseil de M POLLARA, pose ensuite une série de questions à l’expert. Sur les conclusions des experts de Dunkerque, qui écartent l’effet du sloshing, M Panarelo explique que d’une part, ces experts n’ont pu récupérer l’ensemble des épaves, et que d’autre part, le sloshing ne laisse pas forcément des traces. Enfin, il juge les calculs à partir de la méthode d’éléments finis incomplets, et reproche aux mêmes experts d’utiliser une méthodologie déterministe.

Sur la corrosion du navire, il soutient que les calculs relatifs à celle-ci ne permettent pas de justifier la cassure du navire et considère par ailleurs qu’il n’existe pas suffisamment de documentation sur ce point. Maître Grellet lui demande ensuite ce qu’il pense des conclusions des experts de Dunkerque qui écartent le phénomène de sloshing pour les avaries et dommages constatés sur les sister ships de l’Erika. M Panarelo dit avoir procédé aux vérifications et examiné les documents des Lloyd’s lists, dans lesquels les descriptions des dommages correspondent d’après lui au problème de sloshing.

Enfin, pour le rapport des experts de la procédure pénale, MM Clouet et Paulet, il affirme ne pas avoir compris leurs conclusions. Il reproche entre autres à M Paulet d’avoir utilisé des formules pas adéquates.

Le Tribunal n’ayant plus assez de temps pour laisser les autres parties interroger l’expert, le Président demande à M Panarelo de revenir le lundi 7 mai à 13h30, ce qu’il accepte. L’audience est alors suspendue.