Maîtres Franck et Cartron (associations de consommateurs) ouvrent cette journée de plaidoire. Ils soulignent l'atteinte portée aux intérêts des consommateurs qui n'ont pu consommer les produits de la mer ni fréquenter les plages polluées. Les deux associations réclament donc réparation du préjudice résultant de l'atteinte à leurs intérêts collectifs qu'ils estiment respectivement à 100 000 et 50 000 euros.

Maître Riglaire (Confédération Maritime) souligne l’absence des « petits » à ce procès « parisien » auquel ils n’ont pas eu les moyens de participer. Ces « petits » qui ont tout perdu, placés en liquidation judiciaire, et qui, contrairement à TOTAL, ne peuvent pas continuer de travailler. Il souligne l’absence des prévenus pour les plaidoiries des parties civiles, un « scandale » qui ne serait pas toléré dans les autres salles du Tribunal correctionnel. Le message qu’il souhaite passer enfin est que « ces petits ne soient pas oubliés ».

Maître Marchand, pour les Pavillons bleus, souligne ensuite les conséquences de la perte de ce label de qualité pour les collectivités victimes de la marée noire. Il réclame un préjudice matériel de 50 000 euros ainsi qu’un préjudice moral qu’il estimé à 650 000 euros.

C’est enfin Maître Le Briero, pour l’Association « Environnement 56 », qui clôt les plaidoiries de cette matinée. Environnement 56 est membre de France Nature Environnement (FNE), et est une association généraliste qui agit dans le Morbihan pour la protection de l’environnement depuis 1987. Me Le Briero explique d’abord comment l’association s’est mobilisée dès le 26 décembre 1999, à la suite de l’arrivée des premières nappes de pétrole sur les côtes morbihannaises. Des centaines de bénévoles ont ainsi afflués pendant les vacances de Noël, pour nettoyer le littoral, mais aussi pour exprimer leur colère lors de grands rassemblements à Vannes (15 000 personnes) ou à Nantes (30 000 personnes). Il évoque ensuite les multiples procédures et les déjà nombreux arrêts qui ont fait suite à la catastrophe, tant devant le juge judiciaire que devant le juge administratif. Sur l’immunité de juridiction invoquée par le RINA, il précise que la société de classification ne l’a jamais soulevé dans les précédentes procédures, son seul objectif aujourd’hui étant donc d’échapper à un procès pénal. Le conseil d’Environnement 56 revient ensuite rapidement sur les responsabilités des différents prévenus qui devraient tous être reconnus coupables du délit de pollution. Il précise qu’une société internationale telle que TOTAL devrait se montrer plus rigoureuse dans le choix de ses navires, de manière à respecter les principes fondamentaux du droit de l’environnement : principe de précaution et principe de prévention. Il réclame ainsi une réparation pour le préjudice moral de l’association qu’il estime à 20 000 euros.

L'après midi, les plaidoiries sont ouvertes par Maître Briand, avocat de Vigipol, syndicat mixte de protection du littoral breton, qui suit assidument ce procès, établissant également quotidiennement des comptes rendus d'audiences. Il rappelle l'action de Vigipol en faveur de la prévention des pollutions marines par hydrocarbures et l'ampleur de l'atteinte portée à ses intérêts collectifs. En revanche, il précise que Vigipol ne se constitue pas à l'encontre des militaires des autorités côtières, qui comparaissent en qualité de prévenus dans ce procès.

Maître Bourdon, pour les Amis de la Terre, prend ensuite la parole. Il plaide essentiellement à l'encontre de la société TOTAL, qui ne pourrait s'exonérer de sa responsabilité en raison de l'existence du vetting. Au contraire, le vetting permet de prendre connaissance du risque que présentent des navires tels que l'Erika: "on ne peut connaitre les risques et organiser son irresponsabilité" affirme t-il. Il réclame donc le condamnation du groupe pétrolier, tout en soulignant les atteintes portées aux intérêts défendus par l'association qu'il représente, fortement engagée dans la protection de l'environnement.

Cette journée se clôt par l'intervention de M Bonnemain, qui représente l'association Robin des Bois qu'il dirige et qui n'a pas fait appel à un avocat. Il souligne l'importance du dommage écologique et réclame une réparation conséquente. Des extraits des conclusions de l'association sont disponibles sur le site de Robin des bois à l'adresse suivante: http://www.robindesbois.org/proces_erika.html